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François Cheng

à Claude Garanjoud

S’investir dans le trait
Devenir trait soi-même
Epouser le geste initial de l’homme
Debout
    face aux forces adverses
Piétinant les cailloux
Balayant l’horizon
Volant le feu
    aux souches calcinées

S’investir dans le trait
Par le trop plein
Par le délié
Par tout ce qui rayonne
    entre les sillons
Tracer la voie au cœur même
    de la clôture
Briser toutes les barrières
Répondre à l’appel du lointain
Du vestige de l’espace du rêve
Du vertiges de filantes étoiles
S’envoler vers l’autre bord
Se découvrir soudain
Trait d’union
    entre deux abîmes
Mais devenir trait soi-même
Requiert la disparition
    dans l’être en soi

Du fond de la mémoire alors
Jaillissent les laves
Jaillissent les sources
Jaillit le primordial souffle
Ouvrant la brèche de l’instant
Par où adviendra
    advient déjà
Véhémence et fulgurance mêlées
La vie en sa
    plus haute incandescence


            Paris, 2006.

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© Garanjoud, tous droits réservés.
- Photos © Patrick Lefevre