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Gilles Plazy

Garanjoud : Un silence vertical


Garanjoud : un silence vertical



L’homme de peu de mots peint froid. Son silence n’est pas l’impossibilité d’exprimer des volcans intérieurs. Mais la preuve d’une discrétion naturelle, d’un regard tourné vers le dedans, d’une lente interrogation du monde. Le pas-bavard n’a pas grand-chose à dire parce qu’il n’a pas peur du silence : les mots ne lui servent pas à combler le vide. Parce qu’il n’a pas peur du vide, parce que le silence est habité d’images. La peinture pour lui, ne demande pas d’explications. Sa présence n’a besoin d’aucune justification, la théorie lui est inutile. Les montagnards ne sont pas bavards. La montagne se défie des mots. La hauteur est une solitude. Un silence vertical.
La montagne a donné moins de littérature et de peinture que la mer. Sans doute a-t-elle été moins conquise et le mystère des cimes inaccessibles ne s’est-il ouvert qu’à peu d’aventures. Claude Garanjoud est homme du flanc des montagnes sur lequel il est resté fixé avec sa peinture. Quand toutes les cartes se jouent à Paris, ce parti-pris de distance n’aide pas à la diffusion d’une œuvre qui a pourtant franchi plus d’une fois la frontière britannique. Pourtant, de s’être mûrie hors du tapage elle a gagné en vérité.
La montagne est froide : de blanc, de bleu et de gris. La lumière y est crue mais un rien la change. Un rien menace le silence tranquille des sommets. L’orage saurait vite se déchaîner. Dans la peinture tranquille de Garanjoud le tonnerre n’éclate pas mais l’équilibre est une instance de foudre. Des volcans aussi on dit qu’ils sont froids quand ils ne crachent plus de lave mais cette sérénité est riche du souvenir des explosions : le vrai calme est toujours de violence contenue. C’est le geste qui donne cette tension aux tableaux de Garanjoud. Le geste et sa force. Le geste et son risque.
Investir la toile de larges passages de truelle, c’est s’engager vite sans préserver d’échappatoire ni réserver de solution seconde. Comme en conduite automobile le dérapage contrôlé. Aussi aurait-on tort de prendre une illusoire facilité pour de la gratuité. De prendre la froideur apparente pour un manque de chaleur et le silence pour une inexistence. Claude Garanjoud a beaucoup de nord en lui – mais la peinture qui aujourd’hui cherche à se ressaisir sait que la trompette n’est pas l’instrument qui se fait le mieux écouter. Voici en peu de mots ce qui me semble pouvoir être dit du silence très particulier qu’entretient ce peintre.

                                         Gilles Plazy                                                  1982

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© Garanjoud, tous droits réservés.
- Photos © Patrick Lefevre