extraits de textes critiques
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![]() Paule GauthierConnotations au paysagisme-abstraitGaranjoud, enfant de Grenoble et des Alpes ! Comme peintre se situe, aux bornes des extrêmes, où se partage la pensée plastique. Abstrait-gestuel, sur les variations du lyrisme, de l’effusion aux constats formels, qu’il écartèle, sous le sourire de l’ironie ! “Il y a de la chair spirituelle broyée ... prise pour couleur aimable”, pense à son sujet Romain Gary.
En fait, il s’affirme un classique net, par l’équilibre de ce double registre, et, de même son cycle pictural, met une boucle au paysagisme-abstrait. Parti du moi qui regarde, pour aller au moi regardé, l’artiste se révèle, dans la forme la plus achevée du moi, nature et esprit. ÉVOLUTION D’abord sous les influences du de Staël des paysages naturels et, du Zao-Wou-ki des paysages de l’âme, divergence de cheminement, d’où surgit la démarche et émerge l’évolution. Une première période (55/65), expression de matière et marques des touches, une pâte dense se résume à l’état de la spatule. Dans les rythmes ainsi créés se morcelle et se compartimente la toile. Compositions à facettes, relais de gestes courts, incrustations en saccades, cette “gestuelle” devait s’élargir. S’épanouir dans une musique interne. Puis une période de transition (66/70), moments d’hésitations aussi, en- globe le temps des déterminations. C’est le passage des certitudes tactiles, aux phénoménales incertitudes. Lumière, où s’épurent deux formes de spatialité. Fondamentales - l’une - s’approprie l’espace en horizontales, sans limites, elle concorde avec le sens de l’infinité - l’autre - s’établit sur des verticales, insolites transversales. Souvent obliques frontales, elles impliquent un concept de solidité du contrôle. Ainsi, élaboration et libération s’y conjuguent en correspondances, d’un monde intime complexe. Mais, la subtilité des notations se maintient sur le mode simple. Garanjoud a été présenté, à Paris et à Londres par divers critiques et préfaciers : Rosenthal, Gleiny, Gali, M.Gauthier, Gary, C.Tessier, Wallis, Cogniat, Plazy, Cabanne ... Tous en accord avec les qualités. Les œuvres étales analysées, en analogues de marines, tandis que la verticalité s’évoque, montagnes ou aspérités. De fait, réalités - loges de conscience, quoi que soit la période considérée elle ne matérialise que l’impalpable. Mais, certes, pousses d’environnement! STRUCTURES Ces ensembles, de lieux en expansion, se placent dans une profondeur - profond signifie peu connu (Chirico) - Espaces, issus des tonalités des touches, granulations ou écumes de brumes, s’étendent par superpositions, ou transparences. En bref, processus de poussées maximales, augmentations ou diminutions, jusqu’aux : contrastes expressifs et oppositions d’humeurs. Quantification sobre tendue, vers le frémissement des nuances, l’exposition des élans et obstacles. L’ampleur des gammes permet l’épure des lignes de forces, des jeux sur des évanescences. Parfois conquises, entre les franges de coulures, ou quelque éclat tachiste, qui estompent des fonds discrets. Ces vibrations d’ondes se déploient, en multiple plans de fuite. Insinués jamais imposés, ces reflets de rêves délaissent, au bord d’un duel de valeurs. Sous une douceur désabusée, se lit une énergie insistante, ni violente ni stridente. Forces de calme et de silence, qu’accentue en bémols la palette. Naguère, réserve de verts d’eaux, et de terres mordorées, depuis peu, blanc, gris, bleu en harmonie aiguë. Double face de contenu, frondes d’horizons et tombes de lévitations, les contrastes s’accordent. Les couleurs se stoppent ou se propulsent, comme les bleus et les blancs. La plastique de la surface semble se modeler sur des creux lisses, ombre plane sur des taches sombres. Ainsi se dévoile une subtile nervosité, trahie par l’épaisseur des jets, la vivacité des empreintes. Il s’agit donc d’approfondissement de champ, moins d’innovations que de qualités. Elles baignent l’œuvre d’une particule spéciale. DIAPASON A ce propos, il convient de placer à part, les gouaches et les tableaux, d’une récente période (71/76). Sorte de caractères spatiaux, ils rappellent un type, de la calligraphie orientale - surtout par la technique. Concentrés, des traits partent de tous les angles, pour se diriger vers le centre, puis virent dans toutes les directions. Dans ces allées et venues s’interposent les espaces d’intervalles, réponses des pressions. La composition s’infère sous un balayage, aussi diversifié que précis des toiles. La véritable dimension se dégage de l’esprit inclus, dans la force qui pénètre. Le sens transparaît d’un contour brisé, ou arrondi, de la vigueur des arêtes où s’innervent - les figures - tout trait s’enchaîne dans une dynamique qui chante et se trace, dans la finition du trait suivant. On y retrouve les quatre éléments, qui font l’efficacité du geste - rythme/ton/ timbre/diapason. Œuvres sévères et mélancoliques, cantates d’itinéraires étalés, jusqu’à l’existence évidente d’indépendance. Importés par la fluidité d’une matière, qui vibre comme un violon, ces hyper-idéogrammes s’illuminent, comme en Chine les aquarelles de ces signes, de l’originale sensualité aux choses. Devenus indices, ils sous-tendent en bouclant un cycle, une écriture primordiale. Celle d’avant (ou, sous) le pictogramme, miroir intemporel et caches de vie. Son transfert dans une existence, purement picturale, l’intègre dans un nouvel ordre de perception. L’artiste instaure une espèce de plénitude, entre le geste d’émotion et le sens allusif. Report d’échos souterrains, fulgurations d’instants volés à la méditation et à la sensation. Désormais, inscriptions décelables. Garanjoud appartient à la deuxième génération des expressionnistes abstraits. Il n’est on l’a vu, ni un réformateur, ni innovateur. Mais la “polymorphie” des qualités rénove.* C’est un archétype, de la nature sensible, que l’artiste a retracé. * Dans un monde qui n’apprécie plus que les nouveautés - y aurait-il de la place pour la qualité - Pour un “Mozart”? par exemple, on sait qu’il ne fût, ni réformateur ni innovateur ... extrait de CIMAISE |